Jeu sur les émotions : 4 étapes pour reconnaître, exprimer et apaiser ce que l’enfant ressent
Publié par : Élise Chazelle-Pernot — Rédactrice en chef
Un jeu sur les émotions donne à l’enfant des repères concrets pour dire ce qui se passe en lui, avant que la colère, la peur ou la frustration ne prennent toute la place. À la maison comme en classe, quelques cartes, un dessin ou une courte routine suffisent pour transformer un moment délicat en occasion d’échanger. L’objectif n’est pas de faire disparaître l’émotion, mais d’apprendre à la reconnaître, à l’exprimer et à la traverser.
Les 4 étapes d’un jeu sur les émotions
Les activités les plus utiles suivent une progression simple. Elles évitent de demander à l’enfant de se calmer immédiatement alors qu’il ne comprend pas encore ce qu’il ressent. Cette démarche développe aussi le vocabulaire émotionnel et l’empathie envers les autres.
| Étape | Ce que l’enfant apprend | Exemple de support |
|---|---|---|
| Reconnaître | Observer les indices du visage, du corps et de la situation | Cartes de visages, miroir, photos |
| Nommer | Mettre un mot précis sur son ressenti | Roue des émotions, tableau quotidien |
| Exprimer | Raconter, mimer, dessiner ou choisir une image | Cartes situations, journal, jeu de mime |
| Réguler | Choisir une action qui aide à retrouver un équilibre | Respiration, coin calme, activité sensorielle |
La joie, la tristesse, la peur, la colère, le dégoût et la surprise offrent de bons premiers repères. Au fil des échanges, l’enfant peut ensuite distinguer la déception de la tristesse, l’inquiétude de la peur ou la frustration de la colère. Il n’a pas besoin d’employer le mot parfait. Dire « j’ai le ventre serré » apporte déjà une information précieuse sur son état.
Trois jeux simples pour reconnaître et nommer ce que l’on ressent
Les cartes émotions et le jeu du détective
Préparez des cartes représentant des expressions variées, dessinées ou découpées dans des magazines. Un joueur tire une carte sans la montrer et décrit les indices : sourcils froncés, larmes, mains serrées, envie de s’isoler ou de parler fort. Les autres cherchent l’émotion correspondante. Posez ensuite une question ouverte : « Dans quelle situation cela peut-il arriver ? »
Le jeu enrichit le vocabulaire sans obliger l’enfant à raconter une expérience personnelle. Pour les plus jeunes, limitez le choix à deux ou trois cartes. Les enfants plus âgés peuvent justifier leur réponse et proposer plusieurs situations pour une même émotion.
La météo intérieure du matin ou du soir
Sur une feuille, dessinez un soleil, un nuage, de la pluie, du vent et un orage. Chaque enfant place son prénom ou une pince à linge sur la météo qui lui ressemble le plus. Il peut aussi en choisir deux : on peut être heureux d’aller à l’école et inquiet de parler devant le groupe.
Cette routine courte convient dès que l’enfant sait montrer, choisir ou répondre par quelques mots. Elle donne aux adultes un point de départ pour accompagner l’enfant plutôt que deviner ce qu’il ressent. Il est possible de demander une précision, sans insister : « Qu’est-ce qui fait penser à l’orage aujourd’hui ? »
Le miroir, sans jugement
Face à un miroir, l’adulte mime une émotion et l’enfant l’imite, puis les rôles s’inversent. L’objectif n’est pas de réussir une grimace amusante, mais de remarquer les signaux corporels : mâchoire serrée, épaules hautes, regard fuyant, sourire ou respiration rapide.
L’enfant découvre que le corps envoie souvent un message avant les mots. Cette observation l’aide plus tard à repérer les premiers signes d’une montée de tension. L’adulte peut décrire ce qu’il voit sans conclure à sa place : « Tes épaules sont hautes » plutôt que « Tu es forcément en colère ».
Faire parler l’émotion plutôt que chercher à l’effacer
Lorsqu’un enfant est débordé, une grande discussion peut être trop difficile. Un support ludique offre une distance rassurante : il parle d’un personnage, d’une carte ou d’un dessin avant de parler de lui-même. Ce détour respecte son rythme et facilite la co-régulation avec l’adulte.
Le dessin en trois cases
Pliez une feuille en trois. Dans la première case, l’enfant dessine ce qui s’est passé ; dans la deuxième, il représente son émotion avec une couleur, une forme ou un personnage ; dans la troisième, il imagine ce qui pourrait l’aider.
Pour un conflit autour d’un jouet, il pourra dessiner le jouet, une tempête rouge, puis une demande d’aide ou un tour de rôle. L’adulte peut mettre des mots sur son récit sans l’interpréter : « Tu avais très envie de continuer, et l’arrêt a été difficile. » Cette phrase reconnaît le vécu de l’enfant sans juger sa réaction.
Une émotion visible peut parfois masquer un besoin. La colère peut recouvrir une honte après une erreur, une peur de perdre sa place ou une fatigue accumulée. Au lieu de demander seulement « Pourquoi es-tu en colère ? », proposez : « Qu’est-ce qui était important pour toi à ce moment-là ? » ou « De quoi aurais-tu eu besoin ? »
Ces questions aident l’enfant à relier son ressenti à un besoin de sécurité, de repos, de justice, d’attention ou d’autonomie. Il comprend peu à peu que l’émotion est un signal à écouter, et non une faute à corriger.
Le bocal des phrases qui aident
Glissez dans un bocal des bandelettes avec des propositions réalistes : boire un verre d’eau, demander un câlin, s’éloigner deux minutes, souffler comme si l’on faisait bouger une plume, dire « je suis fâché », écouter une histoire ou serrer un coussin.
L’enfant en tire une lorsqu’il est disponible, puis teste ce qui lui convient. Le bocal n’est ni une punition ni une recette magique. L’enfant garde le droit de refuser la proposition et de choisir une autre solution. Certaines stratégies l’aideront un jour, mais pas le lendemain. L’adulte peut alors l’aider à observer ce qui change dans son corps ou dans sa respiration.
Choisir le bon format selon l’âge et le contexte
Un même outil ne convient pas à toutes les situations. Les plus jeunes ont besoin d’images et de gestes ; les plus grands apprécient davantage les scénarios, les choix et les échanges entre pairs. Le jeu doit rester assez court pour préserver le plaisir et éviter qu’il ressemble à un exercice imposé.
- Avant 3 ans : privilégiez le miroir, les photos de proches, les comptines et les mots très simples. L’adulte nomme ce qu’il observe : « Tu pleures, tu es déçu. »
- De 3 à 6 ans : les cartes, le mime, la roue et les histoires à compléter rendent les émotions visibles. Une activité de cinq à dix minutes suffit souvent.
- À partir de 6 ans : ajoutez des cartes situations, un journal émotionnel, des jeux coopératifs et des échanges très concrets sur les réactions possibles.
- En fratrie ou en classe : prévoyez des règles qui évitent les moqueries. Chacun peut parler à partir d’un personnage fictif et garder le droit de passer son tour.
Les supports imprimables sont pratiques pour un usage quotidien. Une roue, un tableau ou quelques cartes plastifiées se rangent facilement dans un sac. Ils peuvent servir à la maison, en classe ou pendant un temps d’attente.
Un jeu de société convient davantage à un temps familial plus long, à condition de vérifier l’âge conseillé, le nombre de joueurs, la durée d’une partie et la place donnée à la coopération. Préférez les jeux qui ouvrent la conversation à ceux qui reposent uniquement sur la bonne réponse. Le meilleur support est celui que l’enfant accepte de reprendre régulièrement.
Installer une routine de retour au calme qui fonctionne vraiment
Le meilleur moment pour découvrir un jeu des émotions est souvent hors crise. Quand l’enfant est reposé, il peut s’entraîner à reconnaître ses signaux et essayer plusieurs stratégies. En pleine tempête émotionnelle, commencez plutôt par réduire les sollicitations, sécuriser l’espace et rester disponible.
- Accueillez le ressenti avec une phrase brève : « Je vois que c’est très dur pour toi. »
- Proposez un choix limité : une carte, un dessin, une respiration ou un moment calme à proximité de l’adulte.
- Une fois l’apaisement revenu, reprenez la situation : ce qui s’est passé, ce qui a été ressenti et ce qui pourrait aider la prochaine fois.
Le choix limité évite de surcharger l’enfant. Deux options suffisent généralement : « Tu préfères dessiner ou rester près de moi ? » Si aucune ne convient, l’adulte peut simplement rester présent et reporter le jeu. La sécurité et la relation passent avant l’activité.
La répétition compte plus que la perfection. Une météo intérieure au petit-déjeuner, une carte choisie après l’école ou un dessin le soir créent un langage commun. Avec le temps, l’enfant peut reconnaître plus tôt ses signaux et demander lui-même un support ou un moment de pause.
Si les réactions émotionnelles deviennent très fréquentes, très intenses ou empêchent l’enfant de vivre sereinement ses journées, le jeu reste un soutien. Un échange avec un professionnel de santé ou de l’enfance peut alors apporter un accompagnement adapté.



